Richard Wright, Paris bookshop, 1956,
Michel Fabre Collection
*Les extraits suivants ont t gracieusement communiqus par Prsence Africaine, qui a consacr un numro spcial de sa revue, Prsence Africaine: Revue culturelle du monde noir, au 1er Congrs international des crivains et artistes noirs en 1956.
Le Premier Congrs international des crivains et artistes noirs organis Paris en 1956 a donn lieu des communications qui ont fait date, sur le plan des ides et au niveau de la cration.
Le congrs a galement t loccasion de dbats marqus par des interventions riches et des controverses fcondes qui aujourdhui rvlent la diversit, la richesse et lemprise heureuse que la pense de laprs-Seconde Guerre mondiale exerait sur la production des crivains et artistes noirs, totalement en phase avec une grande poque qui aura port leurs empreintes.
Les actes du Congrs comprennent les textes des communications et la transcription mticuleuse des dbats, o se sont manifestes les personnalits des acteurs majeurs de ces assises. Ils ont t publis la mme anne par Prsence africaine.
Louvrage qui est rendu disponible loccasion du cinquantenaire a, du fait de son importance, t rdit plusieurs reprises.
Le compte-rendu complet qui constitue les Actes du Premier Congrs international des crivains et artistes noirs, disponible dans la dernire dition avec la prface et le discours douverture dAlioune Diop, continue de faire date un double point de vue. Dune part, il fait lՎtat des lieux et tmoigne de manire vivante de la qualit de la contribution des crivains et artistes noirs lՎpoque cruciale de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dautre part, il met disposition des textes prmonitoires par leur contenu, leurs visions et leur influence la fois forte et dcisive.
Les extraits brivement prsents visent rappeler les thmes que les grands penseurs et artistes noirs de lՎpoque abordrent loccasion de ce premier congrs dans lenceinte de la Sorbonne Paris en 1956, initiant ainsi une rflexion qui se poursuivra en 1959, Rome, lors du 2e congrs.
Les Actes du Premier Congrs international des crivains et artistes noirs dits comme numro spcial de la revue Prsence africaine (n VIII-IX-X, juinnovembre 1956) sont disponibles comme ceux du IIe Congrs tenu Rome en 1959 (n XXIV-XXV fvrier-mai 1959) Prsence africaine, 25 bis, rue des Ecoles, Paris 75005.
LՃditorial intitul La culture moderne et notre destin qui accompagne cette publication est d Alioune Diop, fondateur et directeur de Prsence africaine.
Sous un accent empreint des conditions difficiles de laprs-guerre, sinscrit en filigrane dans le texte, la notion dՎmergence dune culture moderne sans frontire. Alioune Diop y trace la voie vers la ralisation du destin du monde noir.
Longtemps, nous avions prouv, crit Alioune Diop, le besoin au sein du monde moderne o la violence gagne du terrain et o les silencieux sont cruellement crass, dillustrer la prsence des hommes de culture noire. Le nombre, la qualit et la varit des talents devaient tre une premire affirmation de notre prsence au monde. (p. 3)
Cet ditorial qui survole les problmes aigus auxquels le monde noir est confront exprime en mme temps le souci constant duniversalit de ses crivains et artistes.
Ainsi encore nous sommes concerns par la culture mondiale, quel que soit le niveau de notre quipement moderne. (p. 5)
Alioune Diop de conclure :
Cela nous dfinit deux tches primordiales, quant nous :
Le Discours douverture dAlioune Diop
Ce jour sera marqu dune pierre blanche. Si depuis la fin de la guerre, la rencontre de Bandoeng constitue pour les consciences non europennes, lՎvnement le plus important, je crois pouvoir affirmer que ce premier Congrs mondial des Hommes de Culture noire, reprsentera le second vnement de cette dcade. (p. 9)
Cest en ces termes quAlioune Diop ouvre le Premier Congrs des Ecrivains et Artistes Noirs qui reprsente ses yeux le Bandoeng culturel de lՎpoque.
Noirs des Etats-Unis, des Antilles et du continent africain, quelle que soit la distance qui spare parfois nos univers spirituels, nous avons ceci dincontestablement commun que nous descendons des mmes anctres (p. 9)
Et dajouter aussitt :
La couleur de la peau nest quun accident ; cette couleur nen est pas moins responsable dՎvnements et duvres, dinstitutions, de lois thiques qui ont marqu de faon indlbile lhistoire de nos rapports avec lhomme blanc. []
Il vous sera donn, au cours des prochaines sances, dentendre souligner les responsabilits de la culture occidentale dans la colonisation et le racisme. Reconnaissons que nous ne sommes pas les seules victimes du racisme. Les juifs, au cours de cette guerre, ont connu des souffrances organises et portes un niveau jamais imagin auparavant. Cest avec motion que nous nous inclinons ici devant la mmoire de toutes les victimes du racisme hitlrien. Mais il nest pas interdit de remarquer que lantismitisme na ni les mmes origines ni les mmes caractres que le racisme anti-ngre. Les juifs ne passent pas communment pour des barbares indsirables dans le circuit de la vie internationale, ou simplement dans le contexte dune vie moderne o Blancs et Noirs vivraient en paix, sans rfrence la couleur de la peau. On connat nombre de juifs dans les domaines scientifique, philosophique, politique ou littraire dont la personnalit a pu simposer la considration gnrale des peuples. Combien connat-on dambassadeurs, de savants, dhommes dEtat ou dartistes noirs qui, la veille de cette guerre, aient pu se faire apprcier selon le seul critre de leur comptence ou de leur talent? (p. 9, 10)
Voici la scandaleuse question des peuples sans culture. Sil est exact que les vrais responsables de la colonisation ont sciemment forg ce mythe, il nen est pas moins surprenant que des gnrations dautorits culturelles et spirituelles aient admis que des hommes vivent en communaut et naient pas de culture. [] Il ny a pas de peuple sans culture. (p. 12)
Cest lEtat qui garantit une culture la mmoire de ses traditions et le sens de sa personnalit. [] Ainsi donc le culte de nos classiques, leur revalorisation en fonction de notre situation prsente, sont refuses aux peuples coloniss en mme temps que la libert de penser un avenir la mesure de leur amour du monde. (p. 13)